La commémoration du 11 novembre et le devoir de mémoir

Pendant des millénaires, la vie des hommes a été rythmée par les événements liturgiques. Malgré la séparation, en 1905 en France, de l’Église et de l’État, les liens entre l’église du village et ses élus républicains ont longtemps persisté. Au Perray, le 2 novembre 1920, l’abbé Lortholary bénit le Monument aux Morts et, dans les années 1970, il est encore fréquent de voir le banc d’œuvres de l’Eglise Saint-Eloi accueillir les élus municipaux. François Guizot, ministre de l’Instruction Publique, puis chef de gouvernement a instauré les écoles-mairies et la laïcité de l’enseignement comme bases de la citoyenneté, mais le programme officiel comportait encore l’enseignement de la morale religieuse. Si, encore aujourd’hui, la République a dû mal à imposer ses valeurs à tous ses enfants, une liturgie laïque républicaine s’est mise en place avec des grandes cérémonies – le 1er et le 8 mai,  le 14 juillet, le 11 novembre – qui ponctuent l’année avec les fêtes religieuses traditionnelles – Pâques, Assomption, Toussaint, Noël – et sont pareillement surtout perçues comme autant de jours fériés.     Pour se souvenir que le clairon Pierre Sellier sonna le cessez-le-feu de la Première Guerre Mondiale à la onzième heure, du onzième jour du onzième mois de 1918, la loi du 24 octobre 1922 institue le 11 novembre comme fête nationale, célébrant l’armistice de 1918 et la paix revenue et celle du 28 février 2012 lui confère le statut de commémoration de tous les Morts pour la France. Toute liturgie a ses objets et le Monument aux Morts (environ 40 000 pour environ 36 000 communes) est celui de cette commémoration.     Dès la Toussaint 1915, le cardinal de Lyon, Primat des Gaules, appelait les prêtres de France à graver les noms de tous les soldats morts pour la France sur les murailles des églises . Ainsi, dès la fin de la Guerre, une stèle du souvenir en marbre, portant 29 noms est-elle installée dans la nef (positionnée aujourd’hui entre deux étapes du Chemin de Croix) et les élus du
Perray décident, dès la loi du 25 octobre 1919, ordonnant le recensement des morts et disparus pendant le conflit, l’érection d’un Monument aux Morts qui prendra place dans le carré militaire du cimetière communal où à partir du 10 mars 1915 ont été inhumés les deux tiers des morts de l’Hôpital auxiliaire 292 installé à la Croix Saint-Jacques dans le pavillon de chasse du Comte Potocki. Ainsi, le 2 novembre 1920, les autorités du canton et de l’arrondissement inaugurent au Perray le 3ème Monument aux Morts du canton, un obélisque en pierre de Vire, conçu par M. Morice et réalisé par un granitier de Saint-Ouen, avec, en façade, un groupe en bronze original de Prosper Lecourtier – un coq dominant un casque allemand – et, gravés sur le socle, couleur garance, les 47 Morts pour la France recensés au Perray (26 Perraisiens et 21 morts à l’Hôpital auxiliaire). Les trois-quarts des familles ont contribué au financement du monument.    Depuis 1922, chaque cérémonie du 11 novembre se déroule selon le même rituel, quel que soit le temps : une fois l’office religieux terminé, un cortège d’habitants et d’enfants des écoles, emmenés par les élus et les représentants des corps constitués, part de la place de la Mairie et défile, Société Musicale et Drapeaux des Anciens combattants en tête, jusqu’au cimetière, où, après l’appel des Morts, le Maire lit le message officiel et son propre discours. La commémoration fait l’objet d’une annonce et d’un compte rendu, chaque année depuis 1972, dans les bulletins d’informations municipales. De 2014 à 2018, L’édition de novembre du Perray-Infos a participé à la Mission du Centenaire en publiant les biographies des Morts pour la France. HMPY a symboliquement fleuri quelques sépultures individuelles, à Rambouillet et dans quelques nécropoles En 2018, l’UAAC et HMPY ont obtenu que trois noms « oubliés » soient rajoutés sur le socle et ont édité un ouvrage mémoriel 1918-2018,

Patrick BÉGUIN, président d’HMPY

1 Sous la Monarchie de Juillet, entre 1832 et 1848.
2 Lettre pastorale In memoriam du Cardinal Sevin.
3 L’Union Amicale des Anciens Combattants du Perray et des Bréviaires (historique dans l’ouvrage mentionné).
4 Ouvrage toujours disponible auprès de HMPY et de LPPC.
un centenaire pour la Paix.  Cette année, nouvelle étape, nous célébrons le centenaire du Monument et préparons avec la Mairie une plaque mémorielle où chacun pourra visualiser les lieux où sont tombés et reposent les Morts du Perray. Notre prochain article évoquera l’histoire d’un Mort pour la France, enterré au Perray, mais absent des inscriptions mémorielles.
Je vous invite à lire le numéro spécial du Bulletin de la SHARY de mars 2020, écrit par Marc Vigié et intitulé, Commémorer la Grande Guerre à la ville et aux champs, l’arrondissement de Rambouillet à l’automne 2018.