Le Chêne de la Liberté

Article de M. Brodaz et P. Béguin

Les poteaux de la liberté célébrant l’Indépendance américaine (1776), des Arbres de la Liberté, commémorant la prise de la Bastille, puis l’avènement de la République (1792) se multiplièrent en France, renouant ainsi avec la tradition séculaire de l’arbre de mai annonçant le printemps et la coutume gauloise de
fêter chaque grand moment en plantant un arbre de mémoire. Au centre-ville du Perray, il n’y avait guère de place que pour l’église et, ni la fête du Pacte Fédératif (14 juillet 1790), ni les commémorations suivantes ne donnèrent lieu à une telle plantation au Perray, dont les habitants, plutôt méfiants, semblaient peu enclins à promouvoir les symboles de la République. Mais en 1919, pour célébrer la fin de la Première Guerre Mondiale et la Paix retrouvée, la municipalité emmenée par Alfred Tondeur, à la veille de nouvelles élections municipales et par souci du devoir de mémoire à l’égard des victimes, décida de planter le premier Arbre de la Liberté au Perray : un chêne, à l’angle nord de la place de la mairie à l’intersection de la rue de Paris et de la rue du Moulin (rue de l’Église actuellement). Las, l’arbre ne survécut pas à sa transplantation. Il fut donc décidé d’en replanter un autre, au même endroit à l’automne 1920, lors d’une nouvelle cérémonie officielle.

Laissons la parole à la mémoire de ce vénérable :
« Ma marraine était Scholastique Mauguin, née le 30 mars 1898 et que j’ai vue épouser le 23 juillet 1927 Monsieur Paul Lahaye. Le Père « La fièvre » avait même insisté pour me baptiser au vin rouge pour me fortifier ! J’avais la place idéale pour un poste de guet et je n’ai pas manqué un seul événement de la commune : mariages, enterrements, communions, baptêmes, fêtes du village, l’évolution de la population et de l’automobile, la transformation duCentre-ville, la Cavalcade de 1930, l’arrivée des troupes allemandes, l’arrestation de la famille Garfunkel en septembre 1943, l’arrivée dans la commune le 24 août 1944 des troupes de libération, les bals du 14 juillet, les chars du 501e RCC de Rambouillet qui se rendaient à Paris pour le 14 juillet et faisaient trembler les pavés de la place, les enfants qui venaient chercher des hannetons à mon pied ou dans mon feuillage, les camions toujours de plus en plus gros et non des moindres puisque des convois exceptionnels m’ont frôlé à plusieurs reprises, les bouchons du weekend et la grande transhumance des congés annuels, les Présidents de la République se rendant au château de Rambouillet avec des invités de marque, le Général De Gaulle qui s’est arrêté le 16 juin 1965 et s’est entretenu, sous une pluie battante, avec le Maire Xavier Barbé, afin de, disait-on, faire aboutir le projet de déviation. Encadré de tilleuls toujours rognés, mon houppier prospérait malgré les gaz d’échappement et je m’étais habitué au spectacle du trafic, alors, si la déviation de 1976 m’a rendu un peu d’oxygène, j’ai dû m’habituer à un réveil plus tranquille et bientôt la rue du Moulin a été coupée par la suppression du passage à niveau en 1979, et la rue de l’Église, à sens unique, est devenue une rue paisible à circulation partagée.
Pourtant, malgré mon jeune âge – à peine 90 ans – et le respect lié à ma circonférence – 1m65, on devait donc désormais se mettre à deux pour m’entourer, j’ai senti peu à peu mes forces m’abandonner : mon feuillage ternissait, des branches mouraient dans ma couronne, mon écorce externe se décollait, mon cambium était atteint. En 2009, des spécialistes m’ont opéré et ont aéré mon pied pour aider à la cicatrisation. En 2010, ils m’ont élagué pour me redonner des forces. Las, la nécrose a continué et dans la semaine du 23 janvier 2012, par souci de sécurité, ils sont venus mettre fin à mon dépérissement… Mais l’Arbre de la Liberté ne pouvait pas disparaître. Alors, dès novembre de cette même année, un petit-cousin, un chêne-vert, aux feuilles persistantes, mieux adapté au sol proposé, est venu me remplacer. Je lui souhaite une très longue vie… et vive la Liberté ! »

Sur cette carte de la série Neurdein 1921, on voit le chêne toujours étayé. À l’arrière-plan, la boucherie Goupy a été reprise par Lucien Tardiveau et va bientôt disparaître avec l’Hôtel des Voyageurs au profit des Tilleuls Argentés, de l’entrée de la Propriété Leconte (Parc Municipal) et de l’immeuble Art déco dont la boutique accueillera la nouvelle boucherie. En lieu et place de la Banque et de la pharmacie actuelles, les Grands Economats parisiens et le bureau de poste (qui restera à cet emplacement jusqu’en 1971).
Le même arbre au printemps, sous le même angle, au début des années 2000.

Assemblée Générale 2019 HMPY : mercredi 15 mai 18h Salle des Granges